mercredi 13 février 2013

Le port à l'arrêt


Comme un troupeau de montagne le port,
hérissé de mats dénudés
cliquetants de leurs longues élingues ballantes,
Étale sa nonchalance.
Sans marin, sans vent, un port ça rumine.
A la hune, les mouettes squattent.
A la deux, les vergues tanguent.
La brume dessine des flancs de coteaux sur la mer endormie.

mardi 12 février 2013

Sur le fil


Il est des heures pendant lesquelles 

tu ne te suffis plus à toi même,

pendant lesquelles tu voudrais être un autre ;

celui que tu as vu devant toi dans la file d'attente du cinéma,

celui que tu as entendu chanter dans ce bar.


Il est des heures où si tu pouvais tu prendrais la tangente 

pour filer droit sur le fil du rasoir 

au risque de tomber de l'autre côté 

« take a walk on the wild side ».


Et tu regardes l'horloge au clocher

y'a quelque chose qui cloche

elle est arrêtée

et tu demandes l'heure à cette fille.


Il est des heures pendant lesquelles tu prendrais bien la place d'une montre

dimanche 27 janvier 2013

Un ange est passé 1 avril 2010




Un ange est passé
Une petite âme
Juste quelques jours
Pour nous dire quoi ?

Un petit ange est passé
Il ne venait pas du ciel
Elle ne venait pas de là haut
Une petite âme a traversé
Notre temps, notre vie
Comme ça
Sans bruit
Comme un souffle venu de nulle part

Dans la douleur
Dans la souffrance
Un petit ange est passé nous voir
Une petite âme a frappé à notre porte
Pour nous dire quoi ?

Tu le sais toi
Tu le sais toi qui l’a fait venir
Tu le sauras
Tu le comprendras
Au fond de toi
Il y a la réponse

Triste mardi 30 mars 2010





Ils t’ont fait croire
Que c’était la vie
Tout ce temps dans la machine
Branchée comme un robot

Ils t’ont fait croire
que c’était possible
Que ça valait le risque
Et tu as dis chiche, allons-y

Ils ne savent rien
De ce qu’est la vie
D’une fille de 20 ans
Avec 1 enfant handicapé
Rien de la douleur
D’une fille de 20 ans
Qui doit enterrer son bébé

Ils veulent juste réussir
Leur performance technologique
Leur prouesse médicale
Faire naître à tous prix
Faire naître à TOUS prix
Et tenir leurs statistiques

Ils veulent juste prouver
Qu’ils sont capables
Sans se demander
Ce qui se passera pour toi
Après

Aujourd’hui ta petite est partie
Elle n’a rien compris
Juste souffert pour rien
Comme toi
Juste souffert pour rien
Comme toi
Pour rien, pour satisfaire
L’égo de quelques médecins

Aujourd’hui il te faut porter ce deuil

Aujourd’hui je suis en colère
Comme au moment de cette naissance forcée
Trop tôt, beaucoup trop tôt

Aujourd’hui
Ma fille
Ton père
N’est pas fier
De ce monde pourri…

Aujourd'hui je suis triste et je pleure
Pour toi
Pour cet enfant qui ne sera pas
Aujourd'hui j'ai juste envie de te dire
Que je t'aime

Phone box




Dans la buée, sur la vitre
Mes doigts traces des élytres
Tes paroles dans la nuit
Allument mes cigarettes
Les bagnoles font du bruit
Tu dis que tu regrettes
Personne, non personne
Ne doit souffrir

Et mes joues piquent ta peau
Comme le sel de l'eau
Demain, demain, faut se lever tôt

Tu cherches dans ton passé
Le futur à effacer.
J'écoute tes souvenirs
Couler sur ton sourire.

Et moi, je donne des ailes
Aux vitres embuées
De tes larmes le sel
Je voudrais n'avoir jamais goûté
A mon oreille ta voix collée
A ton oreille ma voix collée

In the phone box

mercredi 23 janvier 2013

Je clame après la tempête : Reviens !




Je cherche dans les reliefs
De nos prises de bec
Leurs motifs et griefs.
On fait avec
Ces coups de griffes
Dont les raisons échappent
A la raison. Récifs
Écueils, brisants qui sapent
La coque frêle
De notre bel
Amour

Je clame après la tempête : reviens !

Épique sieste



Ballottée dans ton hamac il t'a réveillée,
Pic épeiche, pique le bois dans le pommier.
Tu as suivi son ballet autour de la branche,
Tête en bas, pique le bois, même le dimanche.
L'écorce sèche chutait sous ses coups de bec.
Tu somnoles, piques du nez, dans l'air venteux.

Comme frottant les cordes d'un chantant rebec,
Tes hanches firent murmurer la toile bleue
Et blanche de ton esquif, coque perchée.

Vertical, ne frappant plus, pic s'est dépêché
De quitter le pommier aux vers dont il raffole.

Bercée dans ta somnolence par un vent mol,
Piques du nez. Lui, pique le bois chez le voisin.

Épique sieste suspendue, tu dors enfin.